Chronique // Hamon-Martin Quartet : Allune

par Gaël Chauvin-Le Meur

Hamon-Martin Quartet – Allune
Coop Breizh – 2001

Allune est un album marquant à double titre. D’abord parce qu’il fait la synthèse du parcours des jeunes musiciens qui composent alors ce quartet. Mais aussi et surtout parce qu’il est le point de départ d’un groupe – devenu quintet – qui fait figure de référence depuis bientôt vingt ans en haute Bretagne et dans le monde des musiques traditionnelles. Allune fait partie de mes premières grandes émotions musicales, celles qui m’ont donné envie de devenir musicien. Je l’écoute encore avec plaisir aujourd’hui. C’est un enregistrement rempli de fraîcheur. Le jeu du duo composé d’Erwan Hamon (bombarde & flûte) et de Janick Martin (accordéon) y fait merveille, plein de légèreté et de virtuosité. La fraîcheur vient également de cette rencontre encore toute neuve de ce duo avec le cistre de Ronan Pellen, fort de ses années d’expérience au sein de Dibenn ou Skeduz, dont les talents d’accompagnateur font aujourd’hui école. S’ajoutent à ces instruments la voix de Mathieu Hamon, déjà présente sur de nombreuses pistes de l’album La Violette enregistré en duo en 1998. Enfin, en dehors de quelques compositions, Allune met à l’honneur de manière quasi-exclusive le répertoire populaire de haute Bretagne, fait assez rare dans la production discographique de l’époque.

On sent chez le HMQ une volonté d’offrir une véritable production discographique, originale et créative, et pas seulement l’enregistrement d’un répertoire de bal. Ce que le Quintet continuera de faire à travers les six albums qui suivront. Il y a des invités pour l’occasion : Erwan Volant à la basse qui rejoindra ensuite le groupe, Thierry Moreau (Archétype) et Cécile Girard au violoncelle, ainsi que Patrice Paichereau (Katé-Mé) à la guitare électrique. Mais surtout l’architecture de l’album dans son ensemble est très bien réalisée, avec un juste équilibre entre danses et complaintes, parfois graves, dans lesquelles la voix est toujours très bien mise en avant. On oscille entre des danses au phrasé impeccable et remplies d’envolées virtuoses et d’improvisations, et des arrangements sobres et intelligents. C’est le cas sur La Belle Cherche son Amant qui mêle la voix à un contrechant de violoncelle, mettant le groupe de côté, jusqu’à ce qu’il revienne de manière inattendue en superposant un ostinato d’accordéon entêtant à une basse profonde. La bombarde y apparaît libre et discrète sur quelques accords de cistre. L’album ouvre sur une composition, sans qu’il soit possible de le deviner, comme pour affirmer que le répertoire traditionnel est leur référence mais aussi leur espace de création. Puis s’enchaînent les airs traditionnels dont certains sont devenus depuis des « tubes » du genre. Le groupe puise aussi son inspiration ailleurs que dans le chant populaire de haute Bretagne. On entend l’influence des très reconnus groupes Barzaz et Gwerz, mais aussi du blues comme dans l’arrangement de Rossignolet du bois, ou encore du jazz avec de nombreuses improvisations et la reprise de la Valse de Bardamu, composition des jazzmen Louis Sclavis et François Raulin.

Certes, le Quintet a encore progressé et a produit depuis d’autres très beaux albums. Néanmoins ce premier opus est un indispensable de la discothèque idéale de l’amateur de musiques trad’. La pochette que l’on pourrait sous-titrer malicieusement « meilleur boys band de Haute Bretagne » a peut-être un peu vieilli mais conserve une certaine fraîcheur. Mais surtout, même si ce n’est pas le plus mature des albums du Hamon Martin Quintet, c’est sans aucun doute un des plus rafraîchissant, le plus authentique, peut-être même la matrice de tous les autres. Le groupe à peine formé, la musique est déjà d’une fluidité qui dépasse largement celle de bien des duos accompagnés. Cela fait d’ailleurs longtemps qu’on sait que le HMQ est bien plus que ça.

 

Gaël Chauvin-Le Meur

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Pour une anthologie discographique du trad’/folk !

Au Nouveau Pavillon nous souhaitons mettre un coup de projecteur sur l’incroyable richesse discographique de la jeune histoire du revivalisme trad/folk de France. On a tous lu dans les médias de la presse culturelle dominante des articles sur « Les 100 meilleurs albums du rock anglais », des sélections des « 50 disques essentiels de l’histoire du jazz ». Du côté des musiques traditionnelles de création, nada. Il est temps de remédier à cela !

Notre projet éditorial tente de mettre en lumière une sélection d’une cinquantaine d’albums qui ont artistiquement marqué l’histoire du revivalisme des musiques traditionnelles en France métropolitaine depuis l’après-guerre et en particulier depuis les années soixante-dix. Des disques qui ont à la fois fait avancer les choses par leur audace artistique, mais aussi influencé les générations d’artistes qui ont suivi. Aucun critère commercial ou de succès public n’a été retenu. Ainsi un album « confidentiel » peut être mis à l’honneur tandis qu’un album vendu à des milliers d’exemplaires peut être quant à lui volontairement mis de côté.

Pour nous aider à opérer cette sélection – qui est encore en cours de rédaction – nous faisons appel à des musicien.nes professionnel.le.s des musiques traditionnelles. Puis nous demandons à certaines d’entre elles et certains d’entre eux de chroniquer l’album, de faire partager leur passion pour ce disque. C’est cette dimension horizontale « échange de savoirs » qui fait l’originalité de cette publication.

La série d’articles est publiée sur internet mais elle pourra, le cas échéant, faire l’objet d’une publication écrite ultérieure dans quelques années. Vous allez pendant les mois à venir la découvrir au fil des publications bi-mensuelles sur notre site internet. Mais ici point de classement, juste l’envie de vous faire partager de la belle musique.

Bonne lecture ! Et bonne écoute !