Castor & Pollux

Retour sur un très enthousiasmant concert-examen

Photo Tristan Jézéquel et Gaël Chauvin © Audrey Alliot

Depuis deux ans, au mois de juin, le Nouveau Pavillon accueille pendant trois jours de résidence les élèves-musiciens du Pont Supérieur (établissement interrégional – Bretagne et Pays de Loire – préparant au Diplôme National Supérieur Professionnel de musicien et aux Diplômes d’État de professeur de musique). Le 18 juin dernier, le temps d’une soirée, la salle de concert du Centre Marcet s’est transformée en centre d’examen. Deux des cinq étudiants présents sur scène y passaient, en public, une des épreuves finales de leur diplôme de musicien traditionnel.
Retour sur le concert de Castor & Pollux avec Gaël Chauvin (voix, bombarde, veuze) et Tristan Jézéquel (clarinette, bombarde, chant).

Peux-tu nous expliquer en quoi consistait cette semaine de résidence au Nouveau Pavillon ? Sur quoi avez-vous travaillé ? Quel était le projet de départ ?
Gaël – Au  départ, il s’agissait de monter un concert pour clôturer trois années d’études au Pont Supérieur. Nous étions deux cette année à passer un DNSPM de musique traditionnelle. On a commencé à écrire la musique avec Tristan puis on a invité trois musiciens (Aymeric Bevan – saxophones, Titouan Gautier – accordéon diatonique, hang, et Jean-Félix Hautbois – percussions) pour nous accompagner. Au Nouveau Pavillon, Sylvain Girault (directeur artistique et chanteur) nous a d’abord aidés à mettre en scène le spectacle : définir l’ordre des morceaux, travailler des transitions et des textes pour s’adresser au public, prendre conscience de ce public lorsqu’on joue ou qu’on ne joue pas, travailler les déplacements pour qu’ils fassent sens, etc. Nous avons aussi eu l’occasion d’échanger avec un ingénieur du son et un ingénieur lumière. En tant que musicien, c’est primordial de savoir être efficace lors des balances, avoir conscience des différents éclairages pour se placer correctement.
Tristan – Cette semaine de résidence, et le concert final, étaient pour nous l’aboutissement d’une année de travail dans le cadre du DNSPM. Le concert faisait office d’examen instrumental. La semaine de résidence devait nous apporter la mise en scène et la mise en forme de notre musique. Nous avons travaillé sur le son, la lumière, la mise en espace et la présentation du spectacle. Notre projet était de faire notre musique à partir de musique traditionnelle avec un ensemble vents et percussions, donc sans instruments à cordes et sans instruments de basse réelle.

Qu’est-ce que cette résidence t’a apporté ?
Gaël – Jusqu’ici mon expérience de la scène était exclusivement, ou presque, constituée de passages en festoù-noz ou en concours. Dans ce cas-là, ce qui compte c’est de faire danser. Si la musique est agréable c’est mieux, mais la mise en scène n’existe pas. On vient comme on est, seul ce qui jaillit de l’instrument compte. Au Nouveau Pavillon, j’ai découvert le monde du concert. Déjà en septembre dernier avec le Gaël Chauvin Quartet (ndlr : concert donné à l’occasion des 10 ans du Nouveau Pavillon le 20 septembre 2014), mais surtout à l’occasion de Castor & Pollux pour lequel on a eu plus de temps. J’ai toujours été perfectionniste en termes de musique mais j’ai découvert l’importance de tous les éléments extra-musicaux qui lors d’un concert sont indispensables. Quelle que soit la musique, ce qui l’entoure, le fait de présenter un univers au public et pas simplement une suite de morceaux, permet de faire passer les émotions qui sont contenues dans la musique. Cela donne de la profondeur à mon discours musical, et c’est ce que je souhaite. La résidence a provoqué quelques « déclics », à moi de continuer dans cette voie.
Tristan – La résidence m’a vraiment beaucoup appris sur le travail de la scène. Comment communiquer avec les techniciens, comment se placer sur scène en fonction de la lumière, comment présenter un spectacle, entre autres. Mais nous avons aussi pu discuter avec l’équipe du Nouveau Pavillon pour connaitre un peu mieux le côté administratif du milieu artistique. C’était vraiment très enrichissant et ça restera une très grande expérience.

Qu’apprend-t-on dans cette formation (Diplôme National Supérieur Professionnel de musicien) de trois ans ?
 Gaël – Cequ’on est prêts à apprendre. Il y a un cursus généraliste de base bien sûr : tout ce qui traite de la théorie et de la culture musicale au sens large puisqu’on a même des cours d’histoire de la musique classique. Mais d’un point de vue artistique, le Pont Supérieur nous permet surtout de rencontrer des « référents » de notre choix. Au fil des rencontres, on se construit un début de personnalité tout en restant dans le confort des études, encadrés et conseillés par l’équipe pédagogique. Personnellement, j’en ressors avec probablement plus de questions que de réponses, mais je pense que c’est une bonne chose car le but est de continuer à réfléchir, inventer, créer.
Tristan – On apprend principalement à jouer de son instrument, seul mais aussi en groupe. Et surtout à trouver son propre style, à se créer une personnalité artistique et musicale. En parallèle, on a beaucoup de cours qui nous permettent une ouverture sur d’autres cultures, d’autres musiques.

Castor & Pollux… Peux-tu nous en dire plus sur ce projet ?
Gaël – Castor & Pollux, c’est d’abord le Nouveau Pavillon qui nous annonce comme les étoiles montantes de la musique traditionnelle dans son programme de saison. Il se trouve que cette année on était deux étoiles. On est tellement modestes qu’on a choisi le nom des plus brillantes (ou presque). Plus sérieusement, il s’agissait de mettre en avant notre duo, certes parce qu’on passait un examen ensemble, mais surtout parce qu’on s’est trouvés humainement et musicalement avec Tristan et qu’on a pas mal de projets en commun. Castor & Pollux c’est aussi un quintet pour expérimenter. D’abord un groupe original : il n’y a aucun instrument à cordes, aucun instrument amplifié. Ensuite une musique originale : ancrée dans la mélodie traditionnelle, mais  libre de s’exprimer à travers les codes d’autres musiques. On voulait rompre avec ce qu’on entend très (trop) souvent lorsqu’on parle de musique traditionnelle bretonne. On ne veut pas restreindre notre vocabulaire en quelque sorte. Cela peut paraître ambitieux (voire prétentieux), mais on ne prétend pas inventer une musique complètement nouvelle, on souhaite simplement permettre à la musique bretonne de s’exprimer avec plus de souplesse.
Tristan – Comme l’explique Gaël, le nom est avant tout une blague : on a voulu, en toute modestie, prendre les deux étoiles jumelles qui brillent le plus : la constellation des Gémeaux ! Au delà de ça, c’est une création musicale qui reflète nos influences diverses et nos envies. Tout est basé sur la musique traditionnelle mais nous avions envie de créer un spectacle original. Cela rassemble vraiment toutes nos envies et notre travail des trois années d’études au Pont Supérieur.

Et maintenant, quels sont tes projets ? Reverra-t-on Castor & Pollux ?
Gaël – Castor & Pollux est un spectacle abouti qu’on espère pouvoir rejouer car on peut encore dire beaucoup de choses à travers lui. On a eu l’occasion de le tester sous forme de spectacle de rue au festival Kan al Loar, et cela a très bien fonctionné. Cette forme nous rapproche encore du public et cela nous plaît. D’autre part, on commence à structurer un collectif qui proposera entre autre le spectacle Castor & Pollux. Le collectif AHUM! sera un laboratoire pour continuer la recherche engagée autour de la musique traditionnelle, vue non pas comme une considération esthétique mais comme la racine de notre musique. Finaliser cette structure, jouer avec mon quartet ainsi que le spectacle Castor & Pollux et composer un nouveau répertoire pour un potentiel Gaël Chauvin Quintet, ce sont mes projets pour l’année (les années ?) à venir. Je me lance aussi dans une nouvelle activité, un « retour aux sources » : chanter et faire danser avec Jean-Félix (ndlr : Hautbois).
Tristan – J’ai plusieurs projets : un groupe de fest-noz, JMK, dans lequel nous travaillons sur la musique électronique. Et puis, avec Gaël, nous avons décidé, avec d’autres amis musiciens, de créer le collectif AHUM!. Au travers de ce collectif, nous voulons créer des spectacles nouveaux et originaux. J’ai donc plusieurs projets avec Gaël, en quartet ou en duo qui seront les piliers de ce collectif. Et, bien sûr, Castor & Pollux fera également partie de ce collectif.

Propos recueillis par Audrey Alliot