Chronique // Ciac Boum : Volume 5

par Bastien Clochard

Ciac Boum – Volume 5
Autoproduction – 2017

Ciac Boum est un groupe synonyme de groove et d’énergie. Depuis 2009, ils jouent partout en France et en Europe et ont à leur compteur près de quatre-cents bals et neuf mille CD vendus. Ils sont trois, jouent du violon, de l’accordéon, du pied, de la guitare, du chant pour des danses et des mélodies empreintes de leur tradition populaire ou bien tombées sous leurs doigts. Les bals de Ciac nous embarquent dans les musiques populaires du Poitou avec des avant-deux, marchoises, maraîchines, valses, ronds de l’Ile d’Yeu ou de Noirmoutier… C’est un bal « poitevin » qui parle à tous. Grâce à la goule (les annonces et la communication avec le public) et aux « passeurs de danse », le néophyte s’y retrouve et se sent accueilli. « Si tu veux parler de l’universel, parle de ton village » nous disait Léon Tolstoï. Voilà ce que Christian, Robert et Julien font avec leur musique : ils nous causent.

Christian, c’est Christian Pacher violoneux, accordéoniste, danseur et chanteur à l’initiative de ce groupe. Il a été formé au sein des « Pibolous », association d’éducation populaire et de collectage du patrimoine immatériel des campagnes poitevines. Il joue les musiques du Poitou sur scène depuis près de quarante ans. Son jeu de violon est à la fois simple et virtuose, vertical et tout en variation, « sauvagement maîtrisé » en quelque sorte. Au chant il fait preuve d’un grand charisme pour porter ses mots et ceux des femmes et hommes du Poitou. Robert, c’est Robert Thébaut lui aussi formé à la sauce educ’ pop’. Violoneux et guitariste depuis quarante ans, il joue pour des arts variés comme la danse, le conte, le théâtre et la musique qu’elle soit poitevine, tzigane, jazz. Musicien « d’oreille » comme Christian, il passe son temps à chercher des harmonies et contrechants. Ses compositions mélodiques, complexes et élégantes, enrichissent le répertoire de Ciac Boum. Son jeu est horizontal et se glisse parfaitement entre ses deux compères. Julien, c’est Julien Padovani, accordéoniste chromatique touche piano. Il apprend le piano classique en faisant du reggae soul avec ses amis du Lycée et en écoutant Léo Férré avec son père. Il se forme aux musiques improvisées avec Dominique Pifarely puis découvre les musiques traditionnelles au sein d’Akash. Avec ses percussions de pied qu’il nomme « Padokick » et ses harmonies brutes et complexes, Julien constitue le socle du trio.

Le « volume 5 » de Ciac Boum, sorti en 2017, baptisé « le blanc », est le dernier d’une série commencée en 2010 avec toujours la même recette : une pochette cartonnée, le nom du groupe sans titre d’album, et une couleur qui différencie chacun des volumes : rouge, vert, jaune, bleu et blanc. Chaque album compte en moyenne quatorze titres. « Le blanc » a nécessité sept jours d’enregistrement au studio Berry Lait de Châteauroux avec l’ingénieur du son Olivier Thillou. En plus des titres issus du répertoire traditionnel poitevin, on y trouve des compositions des trois musiciens mais aussi de François Robin, Dominique Bourdin et Romain Chéré. Il y a moins de titres (douze) que dans les premiers volumes mais c’est sans aucun doute le plus abouti de la collection. Dans Tout là haut (piste 7) on entend un texte en « parlanjhe » de Christian sur une mélodie de Robert avant une succession d’accords enivrants de Julien précédant le chant improvisé du sarde Carlo Crisponi sur un texte de son grand-père. C’est un bien bel « ouvrajhe » d’équipe. Carlo, c’est un des cinq invités avec Colin Delzan-Petitpoisson et son groove au violoncelle (piste 1, 3 et 4), François Robin et sa veuze céleste (piste 2), Romain Chéré sur son énergique avant-deux au banjo (3 et 11) et Christiane Bopp pour une improvisation au trombone à la fin du CD (12). Sur cette dernière, Sylvain Girault a écrit un texte détonnant sur une musique faussement innocente de Julien. Si l’on veut retrouver une énergie proche des prestations scéniques que produit Ciac Boum, il suffit de monter le son sur la suite de maraîchine (piste 2). Première mélodie trad’, tout est solide, les temps sont marqués, Christian alterne improvisation et thème. Puis la tension monte, la mélodie est doublée, Julien décale ses basses avant d’arriver sur un break qui tend tout, avec l’entrée de la veuze de François Robin, de percussions tribales et d’une harmonie étourdissante. Arrive alors pour finir, la mélodie salvatrice de François qui ajoute encore un palier d’énergie, sans doute le plus haut de l’album. Mon coup de cœur est l’autre chanson non traditionnelle Vela l’printemps (piste 5). Une chanson de Christian en parlanjhe, de la poésie chantée, accompagnée par la basse légère du carrousel de Julien et une impro aérienne au violon.

Ciac Boum est un groupe incontournable de la scène trad’ française. Avec cet album ils clôturent une série, témoin d’une dynamique de dix ans de scène, qui marque pour longtemps l’histoire de ces musiques.

Bastien Clochard

 

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Pour une anthologie discographique du trad’/folk !

Au Nouveau Pavillon nous souhaitons mettre un coup de projecteur sur l’incroyable richesse discographique de la jeune histoire du revivalisme trad/folk de France. On a tous lu dans les médias de la presse culturelle dominante des articles sur « Les 100 meilleurs albums du rock anglais », des sélections des « 50 disques essentiels de l’histoire du jazz ». Du côté des musiques traditionnelles de création, nada. Il est temps de remédier à cela !

Notre projet éditorial tente de mettre en lumière une sélection d’une cinquantaine d’albums qui ont artistiquement marqué l’histoire du revivalisme des musiques traditionnelles en France métropolitaine depuis l’après-guerre et en particulier depuis les années soixante-dix. Des disques qui ont à la fois fait avancer les choses par leur audace artistique, mais aussi influencé les générations d’artistes qui ont suivi. Aucun critère commercial ou de succès public n’a été retenu. Ainsi un album « confidentiel » peut être mis à l’honneur tandis qu’un album vendu à des milliers d’exemplaires peut être quant à lui volontairement mis de côté.

Pour nous aider à opérer cette sélection – qui est encore en cours de rédaction – nous faisons appel à des musicien.nes professionnel.le.s des musiques traditionnelles. Puis nous demandons à certaines d’entre elles et certains d’entre eux de chroniquer l’album, de faire partager leur passion pour ce disque. C’est cette dimension horizontale « échange de savoirs » qui fait l’originalité de cette publication.

La série d’articles est publiée sur internet mais elle pourra, le cas échéant, faire l’objet d’une publication écrite ultérieure dans quelques années. Vous allez pendant les mois à venir la découvrir au fil des publications bi-mensuelles sur notre site internet. Mais ici point de classement, juste l’envie de vous faire partager de la belle musique.

Bonne lecture ! Et bonne écoute !