Hommage…

à Raphaël Chevalier

L’immense violoniste Raphaël Chevalier nous a quitté en ce mois de septembre 2017. Sylvain Girault a proposé à ses deux amis du groupe Bivoac, Ronan Robert et Ronan Le Gourierec,
de dire quelques mots sur « Raph ‘ », l’homme et le musicien qu’ils ont bien connu.

« Raphaël était fan de Grappelli, d’Hendrix, mais il adorait aussi le jeu de violon bien trad’ de Jean-Luc Revault… Il a commencé par le violon classique à l’école de musique de Fougères. Quand il a eu son diplôme d’ingénieur, il est parti aux États-Unis donner des cours de français et commencer sa carrière de musicien professionnel dans des groupes de swing. De retour en Bretagne, ses qualités de musiciens à la fois soliste et accompagnateur, mélodiste et improvisateur, son ouverture esthétique, l’ont amené à avoir un parcours très éclectique entre le trad, le swing, le jazz, le rock, la musique classique : Gwazigan, les Jack O’ Lanternes, BivOAc, Da Silva, Denez Prigent, Alan Stivell, TiTom, le spectacle À cordes et accordéon de Ronan Robert, différents quatuors et orchestres à cordes… Musicalement, il naviguait. Il était un violoniste polyvalent doté d’une énergie incroyable, d’une liberté d’improvisation hors du commun. Un truc étonnant aussi : il prenait sa respiration sur ses phrases musicales comme s’il avait joué un instrument à vent. La première fois que je l’ai entendu, ça devait être pendant la création de BivOAc en concert, à un moment où nous étions très proches et ça m’a épaté !

BivOAc est né dans des conditions improbables lors d’une création « musette » Accordéon Mania et on a joué deux soirs sous le regard d’Yvette Horner puis d’André Verchuren !!! C’était des fous rires dès le début de ce groupe. L’un des moments importants du groupe a été le premier enregistrement, le disque Koa Ya Koa. C’était une période bizarre, car Christophe Caron était en fin de vie et Ronan Robert faisait plusieurs allers/retours entre Domloup et Le Croisic pendant cet enregistrement. Hormis la mélodie dédiée à Christophe (dont un magnifique thème de Raph) où on avait mis toutes nos tripes mélancoliques, le reste du disque fut dédié aux rires qui fusaient de partout, un peu comme pour oublier le triste futur proche. Avec Raph on était à fond sur Le Petit Chaperon de ta Couleur de Vincent Malone – le Roi des Papas – et on imitait la voix du cochon qui remplace le loup dans cette histoire. Les rires sont gravés sur le disque sur la dernière plage Moa, Toa, Koa… Aujourd’hui encore, le « truc » récurrent qui me reste, c’est le rire de Raph’.

BivOAc était le lieu de toutes les propositions acceptées et directement validées. Ronan voulait chanter et écrire ses textes. C’est pourquoi Raph avait trouvé un banjo en vide-grenier et a tout de suite voulu en jouer. Il avait aussi trouvé son archet de violon dans une poubelle ! Toutes ces anecdotes rythmaient la vie du groupe, les moqueries sur la plume alerte de Roby (alias Ronan Robert), le style chevaleresque du banjo – que même que les texans avaient du mouron à se faire. Pareil pour les chœurs : on s’était baptisé les « Voa de Bic », on n’utilisait qu’un seul micro (manquerait plus qu’ça soit joli !) et on prenait un malin plaisir à toujours amplifier et exagérer nos « conneries » pour déstabiliser Ronan le vieux, un peu comme deux petits diablotins ou deux garnements ! »

Ronan Le Gourierec

« J’ai croisé Raph pour la première fois en 1996 lors d’un enregistrement du CD Dessus la Fougères pour lequel Bernard Simard m’avait invité à participer. Je n’avais encore jamais rencontré un musicien qui doué d’une telle écoute, qui en si peu de temps s’appropriait un univers musical, une intention de jeu. C’est la raison qui m’a amené à créer Bivoac avec Ronan Le Gourrierec. Il était évident pour moi de faire se rencontrer ces deux musiciens si singuliers dans le monde de la musique en Bretagne. Je n’ai jamais regretté. Je suis d’accord avec Ronan et trouve que ce que qu’il a écrit résume bien Raph. On peut aussi parler des bœufs au Pub le Mac Cartans à Rennes où il a rencontré les musiciens de Church Fitters et Rosie, chanteuse/multi instrumentiste qui deviendra sa femme.

Parfois je manquais d’enthousiasme pour aller jouer dans un lieu un peu foireux (eh oui
ça arrive !), Raph, jamais. Quel que soit l’endroit, une fois sur scène, il se déhanchait et arborait un magnifique sourire malicieux qui le rendait radieux. Il devenait aussi beau à voir qu’à entendre. »

Ronan Robert

 

*photos : portrait – Gérard Kerdanoff / scène – Myriam Jegat