Musique de l’Exil ?

Un voyage sonore de mémoire...

Plus encore qu’une sieste musicale, c’est un voyage sonore de mémoire et un moment de réflexion que vous proposent le Nouveau Pavillon et les lycéens de la Maison Horticole de Machecoul le mercredi 14 octobre à 19h. Comme pour les autres siestes, le public est en immersion, entouré de la musique et du récit, lu autour des spectateurs. Allongé dans des transats, assis sur les coussins, plongé dans une semi-obscurité pendant 45 minutes, les spectateurs suivent le parcours d’exilés juifs sous le régime nazi.
Rencontre avec David Planchot, professeur référent du projet « Musique de l’Exil ».

Peux-tu nous parler du projet « Musique de l’Exil » ?
Il y a un an nous nous sommes engagés avec un groupe de 29 jeunes lycéens en BacPro de la Maison Familiale Horticole de Machecoul dans un projet lié à l’étude de la Shoah à travers le Programme d’Actions Educatives proposé par le Conseil Régional des Pays de Loire et en partenariat avec le Mémorial et La Fondation pour la mémoire de la Shoah. C’est la troisième fois que notre établissement suit cette action ayant pour objectif pédagogique de travailler sur le vivre ensemble et la tolérance.

Cette année nous avons voulu élargir la portée du travail en nous associant avec des artistes et le Nouveau Pavillon. Nous visions dès le départ la dimension culturelle et artistique dans la finalité de ce projet.
Notre choix s’est de suite porté sur un travail de recherche historique sur la notion d’exil touchant les populations juives en Europe menant les élèves à réfléchir sur les causes, les faits et les conséquences de ces parcours de vie et de mort pour nombre d’entre eux.

En quoi a consisté le travail des élèves ?
A travers ce travail de réflexion et de recherche historique, littéraire et culturel, ils auront pu découvrir le travail du photographe Roman Vishniac au Musée du Judaïsme, feuilleter et recenser les dossiers « d’étrangers », les fiches de recensements de la préfecture de Loire-Inférieure ainsi qu’ un document sur le paquebot Flandre aux Archives départementales de Loire-Atlantique, et s’interroger sur l’échec des démocraties lors de la conférence d’Evian en juillet 1938 face à l’afflux des réfugiés.
La rencontre lors d’un « échange-concert » en février 2015 au Nouveau Pavillon  avec Amit Weisberger, « ethnomusicien » en musique klezmer, a prolongé la réflexion sur le rôle de la culture et la volonté d’anéantissement par le nazisme. Point d’orgue pour les jeunes les déplacements à Paris et en Pologne sur les lieux de mémoire à Cracovie et  d’Auschwitz.
Ces deux moments ont marqué les jeunes. Le premier lors de notre déplacement à Paris le 7 janvier 2015, journée de l’attentat de Charlie Hebdo, a véritablement interpellé les jeunes qui ont senti littéralement ce que pouvait signifier l’atteinte aux liberté et aux droits fondamentaux de l’Homme. La visite du Mémorial de la Shoah l’après-midi était très différentes des autres visites réalisées les autres années.
La rencontre avec Amit a aussi été un beau moment de réflexion, d’échanges et de joie dans un contexte de musique traditionnelle Klezmer invitant les jeunes à danser sur scène. Amit a pu dévoiler aux élèves sa vision sur l’enseignement de la Shoah en Israël qu’il juge de manière critique. Pour lui son témoignage et sa motivation passe par la vie à travers la transmission d’une musique Klezmer traditionnelle ayant par conséquent disparu face au nazisme, au communisme et au sionisme.
La somme de ces travaux a ensuite conduit le groupe à suivre le parcours de la Famille Baum, famille allemande ayant fuit les persécutions nazis avant le déclenchement de la guerre avec pour ambition de se réfugier aux Etats-Unis. C’est ainsi que notre département croisera leur parcours comme celui d’autres milliers car le Port de St Nazaire était une « Tête de ligne » des paquebots transatlantiques de la Compagnie Générale Transatlantique vers les Amériques. C’est ainsi que les Baum embarquerons à St Nazaire  en avril 1939 à la veille de la guerre et naviguerons les mêmes jours que le célèbre paquebot St Louis partit de Hambourg pour la même destination, Cuba. Georges, Margot et Pierre Baum seront refoulés tout comme 96 autres passagers juifs vers la Loire-Inférieure. Dans cette seconde phase les élèves auront pu appréhender la manière dont l’étau de la collaboration française avec l’occupant allemand se resserre jusqu’en juillet 1942, date d’arrestation et de déportation des Baum d’Angers vers Auschwitz-Birkenau par le convoi n°8.

Il nous semblait nécessaire et important que les jeunes puissent transmettre et valoriser leur travail. C’est dans le cadre d’un projet d’Education Socioculturelle mené de manière collective que nous avons décidé de la création d’un « voyage sonore » ou « sieste musicale » intitulé « la musique de l’exil ».
Ainsi,Le spectacle « La musique de l’exil » a été créé par les élèves de terminale bacpro de la MFR de Machecoul en partenariat avec François Robin (musicien montage et mixage sonore), Sylvain Girault (musicien et chanteur : interprétation de la narration de Pierre Baum) et Audrey Alliot, chargée de communication au Nouveau Pavillon à Bouguenais et et en partenariat avec l’Espace de Retz de Machecoul. Vingt-six heures ont été consacrées ces deux dernières semaines à cette « performance artistique » menant le groupe à découvrir le monde artistique et ses acteurs. Trois groupes ont travaillé main dans la main sur la partie sonore avec François, la narration et la mise en scène avec Sylvain et la communication sur le spectacle avec Audrey.

Quand aura lieu cette sieste un peu spéciale ?
L’entrée est libre et gratuite mais mieux vaut réserver à Machecoul car les jauges sont limitées. La durée du spectacle est de 45 mn et 3 séances s’offrent à vous :
• 14 octobre à 19h au Nouveau Pavillon à Bouguenais (présence d’un ami de collège de Pierre Baum lorsqu’il était à Cholet).
• 4 novembre à 19h15 et 20h30 à l’Espace de Retz à Machecoul.
• 5 novembre, trois représentations destinées aux publics scolaires à l’Espace de Retz à Machecoul.

+++ pour aller plus loin : découvrez le témoignage ému de Gérard Guicheteau qui se souvient de sa rencontre avec Pierre Baum

Propos recueillis par Audrey Alliot