Résidence #1 : quésaco ?

Comment se construit un concert ?

22 septembre 2016

On dit souvent que les artistes viennent « en résidence » afin de préparer (ou même de créer) leur concert. Et au-delà du jargon culturel, c’est quoi une résidence ? On y fait quoi ?
Nous avons profité de la venue du groupe No Tongues, en résidence au Nouveau Pavillon du 12 au 16 septembre dernier, pour poser la question à Matthieu Prual, à l’initiative du projet Les Voies du Monde que vous pourrez découvrir le 17 novembre.

Comment est né le quartet No Tongues et le projet Les Voies du Monde ?
Le quartet a été créé spécifiquement avec l’idée de se lancer dans un travail sur les enregistrements présents dans le disque Les Voix du Monde (éd. Le chant du Monde). J’avais ce disque sur ma table de chevet depuis plus de quinze ans, comme un repère dans mon évolution musicale. On y trouve des musiques issues des traditions orales de l’humanité, collectées par des ethnomusicologues, avec certains enregistrements qui remontent aux années 30. La musique qui y est présente est toujours d’une incroyable modernité. C’est « indatable », on dirait que ça vient de nulle part, et pourtant ça parle à l’homme d’aujourd’hui de ce qu’il oublie, de ce qu’il faut rallumer. Il y a longtemps, je me lançais dans la découverte des musiques les plus innovatrices de mon époque, à la recherche de la limite, des limites du langage musical actuel, dans le monde occidental qui est le mien, mais j’avais déjà en tête de faire le même travail vers les musiques d’autres horizons, affranchies du temps fuyant et bouleversé qui caractérise nos sociétés actuelles. J’ai réuni alors l’équipe de No Tongues, avec cette instrumentation très spéciale, mais que je savais riche de très nombreuses possibilités, notamment en connaissance des personnalités musicales de chacun, qui sont des musiciens de grand talent et des amis de longue date.

Vous êtes en résidence au Nouveau Pavillon pour une semaine. Peux-tu nous dire en quoi ça consiste ?
Sur cette création, le Nouveau Pavillon nous accueille pour la dernière résidence. On va y faire les derniers réglages de sonorisation et de lumière, tout en gardant l’attention sur le principal pour nous : la musique. Le travail sur ce répertoire s’est avéré demander du temps. Nous créons tous ensemble, en malaxant le matériau musical, en le répétant, le déformant. C’est plus lent qu’un travail où tout est écrit d’avance. C’est un temps auquel il faut se réhabituer, mais qui est très fertile.

Est-ce que No Tongues a d’autres projets ?
Pour le moment nous restons concentrés sur cette première création. Des idées sont en route pour aller se frotter à d’autres musiques mais nous prenons le temps de vivre cette première expérience tranquillement.

Tu écoutes quoi en ce moment ?
En ce moment j’écoute un groupe de chanteurs sardes, les Tenore de Orosei, nous partons en Sardaigne d’ici peu pour une série de concerts et on aimerait beaucoup les rencontrer, jouer un peu de musique avec eux. Juste avant c’était Diatribe, un duo de deux musiciens suisses à l’avant-garde, eux aussi très intéressés par une musique qui ne renie rien, ni ses feuilles ni ses racines.

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