Stéphane Hardy et le Dave Malis Project

C'est qui, c'est quoi ?

Du 29 octobre au 5 novembre, tu es au Nouveau Pavillon avec quatre autres musiciens. Vous y faites quoi?
J’y travaille avec quatre autres musiciens mais aussi trois techniciens. Après un travail de deux ans et quelques avant-premières, nous y finalisons le spectacle dans son intégralité.
Le Dave Malis Project est un projet ambitieux et généreux et qui a besoin de plusieurs phases de travail pour se développer. Il ne s’agit pas d’un simple concert mais toute une réflexion autour de la thématique des mouvements migratoires du Centre-Bretagne vers les États-Unis, spécifiquement entre 1907 et 1950, à l’occasion de l’ouverture de l’usine Michelin à Milltown.
Et donc, c’est la dernière ligne droite pour nous, pour finaliser toute la proposition de l’univers scénique, de l’installation visuelle accueillant la projection des archives, la musique et les narrations de vie et faire en sorte que le tout soit cohérent , que l’on s’y sente bien et que le public s’y sente bien également pour profiter pleinement de ce voyage.

Peux-tu nous parler de toi, ton parcours?
J’ai commencé la bombarde, en 1992, au sein du bagad de Vern ; près de Rennes, et notamment auprès de Gaël Haslé, un excellent joueur de bombarde qui m’a fait travailler aussi bien le répertoire des sonneurs, tout en abordant d’autres répertoires, de type musique de films, jazz, pays de l’est…Je crois que j’ai hérité de lui l’amour de cet instrument, quel que soit son répertoire.
J’ai enseigné très vite – 2 ans après mes débuts – pendant une vingtaine d’années, militant pour un enseignement tout terrain (école de musique orale ou type classique, bagad, stages…), toutes formes (cours de Bombardes, rapports mouvements du corps et de la musique, musiques d’ensemble en petites et grandes formes…).
Parallèlement à cette période d’enseignement, j’ai eu une vie artistique riche en rencontres, servant les propos des autres, dans beaucoup de styles différents : trad, rue, créations contemporaines, hardcore (!), rock prog, musiques improvisées…

Très vite, à mes débuts, j’ai réfléchi à mon cursus individuel, car à l’époque il n’y avait pas ou peu hormis les bagadoù, de structuration de l’apprentissage des instruments bretons. Mon approche s’est alors axée autour de plusieurs réflexions : l’envie de déployer les possibilités techniques de mon instrument, et l’envie de dépasser les esthétiques musicales, en choisissant mon vocabulaire et construisant mes propres phrases, bref assumer mon envie de jouer toutes les musiques et de retrouver toutes ces influences au sein d’un même discours.
Ce qui m’a amené à confronter et faire accepter mon instrument, là où on ne l’attendait pas voire même ne voulait pas de lui. J’ai donc travaillé avec le violoniste Régis Huby, pendant deux ans puis j’ai suivi le cursus Jazz de Jean Philippe Lavergne et Jean Mathias Petri au conservatoire de St Brieuc, toujours à la bombarde. En parallèle, j’ai commencé sérieusement à avoir l’envie de rencontrer d’autres musiciens de hautbois populaires. Alors j’ai décidé de partir à Bénarès, étudier le shenaï (« bombarde » de l’Inde du Nord) entre 2002 à 2008, auprès d’Ustad Bismillah Khan et ses musiciens, après une préparation au chant avec Ollivier Leroy, pendant quasiment deux ans.

Assumer pleinement et à plein temps mon parcours artistique m’a permis de reprendre mes idées et envies mais pour lesquelles il était difficile de les mener en ayant une carrière pédagogique en même temps. Ainsi est né le Dave Malis Project, premier réel projet personnel ainsi que la reprise de mes rencontres avec les cultures des hautbois populaires dans le monde, suite à l’Inde.
Ces deux projets sont sous la tutelle d’une compagnie que je monte en ce moment avec Mathieu Sérot, la Compagnie « La Part des Anches » et qui accueille aussi la fanfare à danser « Sérot/Janvier et la Groove Cie » et différentes interventions culturelles.

Tu écoutes quoi à tes heures perdues?
De tout. Je suis curieux de toutes les approches qui croisent les univers, des musiciens qui cherchent à exprimer leurs voix. Ça peut aller de Charles Mingus, Coltrane, Canonball Adderley par exemple, aux approches jazz actuel : Steve Coleman, les projets du Grollectif (Lyon), Radiation 10, Guillaume Perret, Emile Parisien…
Ça peut être du hip hop comme « A Tribe Called Quest », de l’électro, des musiques afro-américaines…Je suis très attentif à la scène belge ainsi évidemment à ce qui se passe en milieu breton et trad’ en général. Il m’arrive aussi d’écouter des sources brutes genre documents de collectages de chant breton. Et enfin, de la musique indienne, turque, marocaine…

Stéphane Hardy et les quatre autres musiciens du Dave Malis Project seront en concert au Nouveau Pavillon le jeudi 5 novembre à 20h30.

Propos recueillis par Audrey Alliot