Whiskey & Women

Quand trois Californiennes à l'énergie punk ouvrent la saison !

Le 8 octobre dernier le trio Whiskey & Women ouvrait la saison 2015-2016 du Nouveau Pavillon au Centre Marcet. Retour sur le concert par un spectateur adepte de l’accordéon.

« Chansonnettes et whisky et p’tites pépées…nous laissent groggy et nous rendent tous cinglés ». Est-ce qu’un tube des années cinquante, un peu arrangé, pourrait décrire le spectacle offert jeudi dernier au Nouveau Pavillon ? La tenue de scène adoptée par Renée, Rosie et Joan correspond bien à cette atmosphère. Au delà du cliché, c’est un vrai style de jeu mis en place par le trio qui crée une ambiance dans laquelle on se laisse entraîner. Elles ne sont ni très techniques ni très virtuoses mais ça fonctionne parce qu’elles font les choses simplement et que c’est rudement bien en place !

Le répertoire du groupe est très éclectique. Il est essentiellement constitué de standards qui nous font aller du blues (Baby please don’t go) au traditionnel irlandais en passant par le old time (Darling Corey) avec un fort accent cajun et zydeco (Colinda, La porte en arrière, Allons à Lafayette…). Cette apparente diversité est en fait traitée à la sauce « Whiskey & Women » : une énergie, un swing, une efficacité toute américaine, dans le bons sens du terme. Les trois commères revendiquent des origines punk-rock qui sont la marque de fabrique du trio. Si vous avez manqué le concert, un rapide détour par ici vous donnera une bonne idée de leur prestation.

La touche « Whiskey & Women » s’applique à tous les morceaux au programme. C’est le cas de leurs compositions, mais aussi des chansons françaises ajoutées à leur répertoire. Renée de la Prade, l’accordéoniste du trio, a été marquée par les airs entendus dans son enfance de son père, français et lui même accordéoniste. Même si ses goûts personnels vont plus vers le rock que vers la tradition, cela nous donne des adaptations de Brassens (L’auvergnat, Les copains d’abord) qui ne dénaturent pas les succès de tonton Georges.

Ces trois filles ont beaucoup expérimenté la musique des rues. Ceci explique peut-être la facilité avec laquelle elles entraînent le public dans leur univers musical. On aurait vite fait d’oublier les confortables fauteuils du Centre Marcet pour se transporter ailleurs.

L’instrumentation du groupe est basique, mais contribue justement à renforcer ce style très particulier. Violon, accordéon, percussions avec peu d’à cotés, si ce n’est un instrumental où Rosie délaisse un instant son « drum kit » minimaliste (grosse caisse et caisse claire) pour le violon. Minimaliste et original, à leur image, puisque Rosie a placé une pédale devant une valise (photo ci-dessus) pour en faire une grosse caisse. Pas de virtuosité ni de prouesses techniques mais un plaisir de jouer qu’on n’a aucun mal à partager. Le jeu de violon de Joan résume assez bien le style country-irlando-cajun qui domine, y compris dans ses propres compositions. Enfin, pour les accordéonistes qui auront apprécié le jeu très physique de Renée de la Prade, précisons que son deux rangées est un modèle unique : à l’origine un système irlandais D / D# avec des basses uni-sonores correspondant au style de jeu de sa propriétaire.

Alors, « groggy ou cinglés » sans doute pas mais conquis et enjoués, à voir la mine des spectateurs sortant de la salle, c’est sûr.

Par Jean-Louis Auneau

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